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Dysorthographie: définition, explications et solutions

Depuis quelques décennies, la recherche évolue et fait avancer les mentalités. Les difficultés scolaires sont enfin regardées d’un autre oeil. Ces enfants que l’on qualifiait d’idiots, de fainéants, de je m’en foutistes, et qui étaient relégués dans le fond de la classe, ne méritaient finalement pas le bonnet d’âne.

Sommaire

Introduction

Il est primordial de comprendre les difficultés scolaires d’un enfant pour améliorer son rapport à l’école et son rapport avec lui-même. De bonnes conditions d’apprentissage déterminent le rapport au savoir et à la connaissance d’un enfant.

Un enfant malheureux à l’école aura des difficultés à aborder le savoir dans la joie et la bonne humeur. Logique !
Ne parlons même pas des conséquences du mal-être à l’école sur l’estime de soi. L’étiquette de bonnet d’âne laisse une trace indélébile dans la construction psychique et empêche de se développer en confiance.

Parmi les difficultés scolaires que les enfants peuvent rencontrer, la dysorthographie relève d’une difficulté d’apprentissage. Plus précisément d’un trouble spécifique des apprentissages.

Qu’est-ce qu’un trouble spécifique des apprentissages ?

Avant tout, il est important de définir cognitif : ce mot désigne l’ensemble des fonctions mentales* que nous possédons et qui sont fortement sollicités dans chacune de nos actions, et particulièrement lors des l’apprentissages scolaires.

Un trouble spécifique des apprentissages désigne un ensemble de symptômes résultant d’un trouble cognitif spécifique en lien avec l’apprentissage scolaire. Ce trouble a un caractère permanent que vit l’enfant dans sa scolarité puis tout au long de sa vie. Ils peuvent découler de troubles neurologiques acquis (ischémie cérébrale à la naissance, traumatisme crânien, etc.) ou de troubles neurodéveloppementaux (parfois difficiles à identifier).

Dans le jargon psy, vous entendrez peut-être parler de troubles Dys car ils résultent d’un dysfonctionnement de fonctions mentales spécifiques. Vous pourrez également entendre parler de la Constellation des Dys : cela regroupe

  • les troubles du langage écrit :
    • la dyslexie,
    • la dysorthographie,
  • les troubles du langage oral :
    • la dysphasie,
  • les troubles spécifiques du calcul avec la dyscalculie,
  • les troubles visuo-spatiaux ou de la coordination motrice avec la dyspraxie,
  • les troubles de l’attention (avec ou sans hyperactivité).

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les troubles Dys, je vous conseille de vous tourner vers les recherches de Gavin REID. Ce professeur est spécialisé dans les troubles spécifiques des apprentissages. Mr REID a écrit quatorze ouvrages dans ce domaine, autant à destination des praticiens que des parents. Ces ouvrages vous apporteront toutes les connaissances actuelles sur le sujet.

Et donc maintenant, plus spécifiquement, qu’est-ce que la dysorthographie ?

Définition : la dysorthographie est un trouble faisant parti de la Constellation Dys. Elle est caractérisée par une difficulté d’acquisition et d’assimilation des règles majeures de l’orthographe.

En tant que trouble développemental, il est durable, car issu d’un dysfonctionnement de fonctions cognitives. Ce trouble n’est donc pas exclusif à la langue française, il se retrouve dans toutes les langues. Par contre, les personnes souffrant de dysorthographie sont bien plus pénalisées dans l’apprentissage d’une langue où les règles grammaticales et lexicales sont complexes, comme cela est le cas pour la langue française ou la langue anglaise. L’espagnol ou l’italien sont des langues plus transparentes, où il est plus facile de déduire l’écriture des mots à leur phonologie.

Quelles différences avec la dyslexie ?

Les dysorthographies constituent souvent une séquelle des dyslexies. D’ailleurs, toute personne dyslexique présente une dysorthographie associée. Par contre, il est possible de présenter une dysorthographie isolée (c’est-à-dire sans dyslexie).

Dans les cas où dyslexie et dysorthographie sont associées, les erreurs effectuées en langage écrit reflètent les mêmes mécanismes de la dyslexie dont souffre l’enfant :

Dysorthographie dans la cadre d’une dyslexie phonologique, où la voie d’assemblage est atteinte.

Les principaux marqueurs sont : 
  • Des confusions entre des phonèmes sourds et sonores (p/b, t/d).
  • Des confusions entre graphèmes visuellement proches (u/n, b/d).
  • Des erreurs dans les sons complexes.
  • Des erreurs dans la construction phonologique des mots (inversion, omission, ajouts de phonèmes).
  • Des erreurs de transcription pour les mots nouveaux.
  • Les difficultés sont bien plus marquées lorsque les productions d’écrit sont libres/spontanées que dans des cas de dictée car, dans ce le premier cas, l’enfant doit produire de lui-même la suite phonologique des mots.

  • Transcription : Aujour d’huit ses la grand cours de l’école. Au signal, les élèves selense sur la piste. biento les plut fort sont on tete. derier, la poursuit commense. Un carçont clis et taube, Un autre fait un grot éfort pour suivre le croupe; un traziem a mal a une jaube. Enfin, fvoisi larrivé.. le canien l’êve les bras et regard sa mautre. Il a vait un bont tenpt. Cest un chanpiont. Sont egipe le felisite et lui donne une medaille.
  • Version corrigée : Aujourd’hui c’est la grande course de l’école. Au signal, les élèves s’élancent sur la piste. Bientôt les plus forts sont en tête. Derrière, la poursuite commence. Un garçon glisse et tombe, un autre fait un gros effort pour suivre le groupe. Un troisième a mal à une jambe. Enfin, voici l’arrivé… le gagnant lève les bras et regarde sa montre. Il a fait un bon temps. C’est un champion. Son équipe le félicite et lui donne une médaille.

Dysorthographie dans le cadre d’une dyslexie de surface, où la voie lexicale est atteinte

Les principaux marqueurs sont :
  • Respect strict de la phonologie des mots à l’écrit.
  • Les particularités orthographiques sont ignorées.
  • Difficultés de segmentation des mots et phrases à l’écrit.
  • Orthographe d’usage et orthographe grammaticale pauvres.

  • Transcription Un corbeau preché sur l’enténe d’un batimen tin dans sont beque une sourie blésee. Rendu furieu par cet oiseau cuel des enfant lence des callois pour l’obligé à senvolé. le corbeau les a auberves puis a dépouier ces élle et c’était l’encé en lachan la souri que les enfant von receli et soinie
  • Version corrigéeUn corbeau perché sur l’antenne d’un bâtiment tient dans son bec une souris. Rendu furieux par cet oiseau cruel des enfants lancent des cailloux pour l’obliger à s’envoler. Le corbeau les a observés puis a déployé ses ailes et s’est élancé en lâchant la souris que les enfants vont recueillir et soigner.

Dysorthographie dans le cadre d’une dyslexie mixte

Lorsque les deux voies de lecture sont autant touchées l’une que l’autre, on peut retrouver l’ensemble de ces marqueurs.

Détecter et diagnostiquer la dysorthographie

Qui est en mesure de poser un diagnostic ? Le diagnostic de dysorthographie se réalise grâce à un bilan orthophonique. Si vous vous posez des questions quant à votre enfant, l’orthophoniste est donc le premier professionnel à aller consulter.

Existe-t-il des tests ?

Dans son bilan, l’orthophoniste va proposer des tests mesurant :

  • La lecture et l’orthographe, avec par exemple la BELEC (Batterie d’Evaluation du Langage Ecrit et de ses troubles), l’ODEDYS (outil de dépistage des dyslexies) qui a été conçu en 2002 par le laboratoire Cogni-Sciences à l’IUFM de Grenoble, France.
  • Des tests d’attention et de mémoire, avec la Tea-CH (la batterie d’évaluation de l’attention pour enfants) par exemple ou la BEM (Batterie d’Efficience Mnésique).
  • Les capacités d’auto-régulation avec des épreuves de fluidité verbale et graphique comme on en trouve dans la NEPSY.
  • La conscience phonologique, c’est à dire la conscience de la structure phonologique interne propre aux mots de la langue parlée, avec par exemple le test de conscience phonologique de Rosner.

Pour évaluer l’ensemble des capacités de l’enfant et l’étendue de ses difficultés, il se peut que d’autres tests soient à réaliser auprès d’autres professionnels.

Ces autres tests visent à écarter toute autre cause pouvant être à l’origine des problèmes observés. Les troubles de l’écriture peuvent avoir des origines multiples.

Les possibles bilans à réaliser sont :

  • Un audiogramme.
  • Un bilan :
    • orthoptique,
    • psychologique,
    • psychomoteur,
    • neuropsychologique,
    • chez un neuropédiatre,
    • auprès d’un ergothérapeute.

On dit que le diagnostic de trouble dysorthographique est un diagnostic d’exclusion, c’est-à-dire qu’il faut que votre enfant ne présente pas :

  • de déficit intellectuel,
  • de trouble sensoriel,
  • de troubles de la personnalité,
  • de désordres émotionnels majeurs expliquant ses difficultés,
  • de carences éducatives,
  • de troubles moteurs.

Vous comprenez donc le pourquoi de cette liste de tests dans lesquels vous pouvez vous faire embarquer, et à l’issue desquels votre orthophoniste sera le professionnel le plus influent dans l’établissement du diagnostic.

Comment aider/rééduquer une personne dysorthographique ?

Une fois le diagnostic de dysorthographie posé, la rééducation orthophonique sera la plus importante. Un suivi orthophonique dure est un suivi de long court, qui peut durer plusieurs années. Pour une bonne efficacité de la prise en charge, il est très important que les rendez-vous soient hebdomadaires, voire bihebdomadaires dans certains cas. Cette prise en charge ciblera ce qui aura été mis en exergue dans le bilan. Elle va viser à apprendre à votre enfant à pallier à ses difficultés en utilisant des stratégies d’adaptation appropriées à son fonctionnement.

De ce fait, un accompagnement individuel en orthophonie est toujours le mieux car, dans ce cas, le soin est spécifiquement ciblé. Parfois, des groupes de travail regroupant plusieurs enfants, présentant le même niveau de compétences, sont proposés par des orthophonistes. Ces groupes sont très intéressants quand ils viennent en complément de la prise en charge individuelle.

Ne pensez surtout pas que seuls ces groupes peuvent suffire. Il n’y a pas de traitement miracle à la dysorthographie. Je le répète, il s’agit d’un trouble cognitif qui perdure toute la vie. Par contre, plus tôt on apprend à l’enfant à faire avec et à trouver d’autres moyens de fonctionner, plus tôt il va pouvoir arriver à s’y adapter sans fournir des efforts couteux. Le cerveau est fantastique d’adaptabilité, surtout celui des enfants. La plasticité cérébrale, cette faculté qui permet au cerveau de remodeler ses connexions neuronales en fonction de l’environnement (de l’entraînement apporté par la prise en charge), est massive durant l’enfance, beaucoup moins après. Grâce au rythme intense de la rééducation orthophonique, de nouvelles connexions neuronales peuvent s’installer et venir alors pallier à la zone déficiente à l’origine des troubles.

Couplé à cette prise en charge, il est possible qu’un suivi auprès d’un psychologue, d’un psychomotricien soit nécessaire. Le geste graphique est régulièrement pénible pour ces enfants, écrire est un acte contraignant. Dans ces cas, le graphothérapeute est d’une aide précieuse.

Cela est à évaluer et à discuter entre vous et l’orthophoniste : il y a une grande marge entre l’idéal qui peut être apporté à votre enfant et la réalité du terrain. Dans les premiers temps d’un diagnostic, les rendez-vous de prises en charge peuvent s’enchaîner, votre enfant (à qui l’on souhaite de garder une insouciance heureuse), voit son emploi du temps aussi chargé que celui d’un ministre et n’a plus le temps de s’adonner à son passe-temps préféré : jouer. Dans la réalité, vous ferez à l’essentiel et au plus important : la prise en charge orthophonique, et la place pour les loisirs. Si l’envie, le temps, et la motivation restent pour d’autres prises en charge tant mieux.

Quels aménagements pour la scolarité ?

Depuis 2005, et grâce à la loi n°2005-102, tous les troubles Dys sont reconnus comme des handicaps, étant donné qu’ils sont des troubles cognitifs. Donc à la question La dysorthographie est-elle considérée comme un handicap ?, la réponse est oui.

A ce titre, les enfants qui en souffrent ont droit à des aménagements spécifiques au cours de leur scolarité. Pour en bénéficier, il y a plusieurs manières de procéder :

  • Soit en interne avec l’établissement scolaire, qui va mettre en place un P.A.I. (Projet d’Aide Individualisé), un P.P.R.E. (Programme Personnalisé de Réussite Educative) ou un P.A.P. (Plan d’Accompagnement Personnalisé)
  • Soit après un ordonnancement de la MDPH, qui permettra la mise en place d’un P.P.S. (Projet Personnalisé de Scolarisation)

Je vous conseille de consulter le lien suivant pour en savoir plus : www.monparcourshandicap.gouv.fr/scolarite/ppre-pai-pap-pps-en-quoi-consistent-les-differentes-possibilites-dappui-la-scolarisation

Ces aménagements peuvent relever du parcours du combattant pour les parents. En effet, le système scolaire est assez surchargé et pâti, malheureusement d’un manque de formation du personnel enseignant en matière des trouble spécifiques des apprentissages. Préparez-vous à relancer régulièrement les enseignants sur les besoins de votre enfant, et veiller à ce que les mesures éducatives choisies soient bien appliquées. Pour vous soutenir là-dedans, les professionnels libéraux que vous aurez choisis seront là, ils pourront se réunir avec l’équipe enseignante à l’occasion d’Equipes Educatives pour faire un point d’ensemble.

Existe-t-il des exercices à faire ou des logiciels à acheter à la maison ?

Avant tout, il faut bien retenir que vous ne remplacerez jamais l’orthophoniste (ou le psychomotricien, ou le psychologue,…). Ces exercices ne sont que des exemples de compléments pouvant être fait à la maison, si votre enfant est demandeur et/ou volontaire.

Mettez-vous à sa place, ces exercices sont comme du travail pour lui, ils demandent de la concentration et de l’énergie. Votre enfant fournit déjà beaucoup d’énergie à l’école, chez l’orthophoniste, puis à la maison pour les devoirs scolaire, voire plus si d’autres prises en charge sont en cours, …. Le mieux est l’ennemi du bien !

Il est possible de lui proposer des petits exercices de :

  • conscience phonologique, c’est à dire de la structure sonore du langage parlé et des unités constituant les mots.
    • Exemple : « combien de syllabes il y a dans le mot dinosaure ? »
  • de connaissance des correspondances graphèmes-phonèmes.
    • Exemple : « comment tu prononces –euil ? »
  • enrichissement de son vocabulaire par reconnaissance visuelle. Il s’agit là d’apprendre par cœur certains mots de vocabulaire usuel.
  • Brain gym, qui est une approche éducative, inventé par Paul Denison, et basée principalement sur des mouvements et des activités motrices. Cette thérapeutique kinesthésique est une très belle approche complémentaire. Parmi les exercices proposés, celui du 8 couché est idéal en cas de dysorthographie. Le but est de dessiner sur une feuille un 8 couché (le signe de l’infini), de la main gauche, puis de la main droite, puis des deux mains, et ceci les yeux ouverts, puis les yeux fermés. Cet exercice délie le geste graphique tout en activant les deux hémisphères cérébraux.

Pour ce qui est des outils informatiques :

  • ADELE-TEAM est une application destinée aux dyslexiques, dysorthographiques et dyspraxiques. Elle facilite la lecture de textes et aide à l’écriture également
  • Balabolka est un logiciel de lecture
  • Klavaro est un logiciel gratuit d’apprentissage du clavier (il en existe d’autres payants)

La dysorthographie chez l’adulte

Il est rare de découvrir que l’on est dysorthographique à l’âge adulte.

Arrivé à l’âge adulte, la plasticité cérébrale est bien moindre, les chances de réorganisation des connexions neuronales sont plus faibles mais pas nulles. La rééducation orthophonique reste donc une bonne option, sans espérer des progrès fulgurants. Si vous ne souhaitez pas passer votre temps chez l’orthophoniste, je vous conseille de passer au maximum par l’écriture dactylographiée si vous devez produire des écrits. L’avantage de l’ordinateur est qu’il peut se doter de logiciels permettant de corriger les fautes d’orthographe mais aussi les erreurs grammaticales, sémantiques ou lexicales. Le logiciel Antidote est un très bon outil que j’utilise personnellement à chacune de mes productions écrites, il permet une bonne relecture des textes et sait analyser beaucoup d’erreurs.

* L’Aire de Broca, par exemple, située dans le lobe temporal du cerveau, donne accès à la parole. Le contrôle du geste moteur, qui permet l’écriture, dépend du lobe pariétal gauche. Chaque fonction mentale est associée à une zone du cerveau. Elles nous permettent d’apprendre.

Par Marion PHÉLIP

Qui êtes-vous ?

Je m'appelle Marion Phélip. Je suis psychologue clinicienne et Docteur en psychologie. J'ai…

5 réponses sur « Dysorthographie: définition, explications et solutions »

Bonjour. Est-ce que je peux effectuer un premier test avec mon enfant en lui dictant les deux extraits de texte. Aujourd’hui c’est la grande course de l’école et un corbeau perché. Merci. Murielle

Bonjour Murielle,
Même si ces deux extraits ne sont pas des tests reconnus, vous pouvez les proposer à votre enfant. Les dictées qu’il a déjà fait à l’école peuvent même vous suffire.
Tout cela ne validera rien. Si vous vous interrogez, je vous conseille d’aller voir votre médecin traitant pour lui en parler. Il pourra faire une ordonnance pour consulter un(e) orthophoniste et faire un bilan en ce sens.

Bonjour Docteur,
Est-ce que la Dysgraphie entre en ligne de compte lorsqu’on est dyslexique dysorthographique ou est-ce que c’est quelque chose de différent ?
Yal.

Bonjour Yal,

La dysgraphie est un autre trouble qui fait partie de la Constellation Dys. Il est possible de présenter une dysgraphie lorsqu’on est DL/DO (Dyslexique et/ou dysorthographique) mais ce n’est pas obligatoire, elle peut avoir d’autres origines. La dysgraphie est un trouble qui rend difficile l’acquisition et la réalisation du geste moteur d’écriture.

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